Je suis publicitaire

Je suis entrain de lire L’homme formaté, anti-manuel de manipulation mentale, un eBook publié par le blog Hacking Social. J'avance petit à petit. C'est intéressant, mais un peu long je dois dire.

On y parle beaucoup de choses intéressantes : manipulations, expériences sociales, étude du comportement humain, ... et souvent de publicité.

Je suis le type qui vous vend de la merde

Une citation concernant la publicité m'a beaucoup plu, et pas mal fait réfléchir aussi. Et j'aimerais la partager ici afin de m'en souvenir, voire de m'y référer plus tard. Cette citation est tirée d'un autre ouvrage, 99 francs de Frédéric Beigbeder :

Je suis publicitaire : eh oui, je pollue l'univers. Je suis le type qui vous vend de la merde. Qui vous fait rêver de ces choses que vous n'aurez jamais. Ciel toujours bleu, nanas jamais moches, un bonheur parfait, retouché sur Photoshop. Images léchées, musiques dans le vent. Quand, à force d'économies, vous réussirez à vous payer la bagnole de vos rêves, celle que j'ai shootée dans ma dernière campagne, je l'aurai déjà démodée. J'ai trois vogues d'avance, et m'arrange toujours pour que vous soyez frustré. Le Glamour, c'est le pays où l'on n'arrive jamais. Je vous drogue à la nouveauté, et l'avantage avec la nouveauté, c'est qu'elle ne reste jamais neuve. Il y a toujours une nouvelle nouveauté pour faire vieillir la précédente. Vous faire baver, tel est mon sacerdoce. Dans ma profession, personne ne souhaite votre bonheur, parce que les gens heureux ne consomment pas.

Je trouve que la façon dont est ici décrit le métier de publicitaire est tellement caricaturale, et en même temps tout ceci est tellement vrai quand on y réfléchit un peu. Nous faire envie. Nous inciter à consommer, encore et encore. Nous vendre toujours plus. Nous faire croire que tel produit va nous faire ressembler à ce qu'on aimerait vraiment être. Ou plutôt à ce que les standards de la société aimeraient qu'on soit.

Jouer avec nos envies, avec notre jalousie, notre égocentrisme. Nous convaincre que cette belle voiture montrera aux autres qu'on a réussi notre vie. Nous faire croire qu'avec ce rasoir à la technologie révolutionnaire, nous deviendrons plus beaux. Nous démontrer pseudo-scientifiquement que ce gel douche est meilleur pour notre corps, mais aussi pour notre esprit.

Tel est le rôle du publicitaire : nous faire acheter toujours plus, en manipulant nos émotions et en nous faisant croire que nous devons suivre l'évolution de chaque produit, de chaque technologie, car cela ne peut que nous rendre plus heureux. Et nous aspirons tous au bonheur, n'est-ce pas ?

Je suis le type qui vous vend de l’obsolète

L’obsolescence programmée est une stratégie visant à réduire la durée de vie d’un produit pour augmenter son taux de remplacement et provoquer un nouvel achat prématurément. obsolescence-programmee.fr/

L'obsolescence programmée. Vaste sujet. Comment limiter volontairement la durée de vie des objets pour nous faire consommer plus. Comment nous faire acheter un nouveau smartphone tous les 2 ans. Comment mettre des dates de péremption fantaisistes sur certains consommables. Comment nous faire changer nos luminaires car les ampoules LEDs sont intégrées ne peuvent plus être remplacées. Comment limiter volontairement la durée de vie des cartouches d'encre. Comment diminuer sciemment la durée de vie des bas nylon.

Cette culture du jetable a non seulement un coût non négligeable, mais en plus, les quantités de déchets produits par cette obsolescence programmée sont considérables, et on peut le même le voir sur Google Map.

Tel est le rôle du publicitaire : Première étape : venter les mérites d'un produit, le promouvoir avec les meilleurs arguments du monde afin que nous craquions et que nous l'achetions. Puis vient la seconde étape : à peine l'achat effectué, nous faire comprendre avec plus ou moins de délicatesse que notre nouvel achat est déjà obsolète, et que nous devrons racheter la même chose, en mieux, dans quelques temps. Commencer alors à nous venter les mérites du futur produit de remplacement.

Je suis le type qui formate vos enfants

Mes enfants ne sont pas souvent devant la télévision. Et la plupart du temps, ils regardent des émissions sans publicité. Enfin nous essayons d'y faire attention en tout cas. Et quand je vois l'impact qu'ont sur eux les quelques publicités auxquelles ils sont soumis, c'est effrayant.

Les enfants ont encore confiance dans le monde, et dans les adultes qui le peuplent. Ils ne font pas encore la différence entre un adulte (un parent, un oncle, un enseignant, ...) qui essaie de répondre le plus justement possible à ses questionnements, qui essaie de lui inculquer une certaine éducation, et un autre adulte qui lui vante les mérites du dernier dentifrice ou de la nouvelle friandise qu'il pourra demander à ses parents de lui acheter.

Les enfants n'ont pas encore le discernement nécessaire pour trier toutes les informations qui arrivent jusqu'à eux. Alors quand un petit garçon, à la télé, leur dit que le lait "matin léger" de Lactel est vraiment le meilleur, ou que les bons moments en famille se partagent autour d'une tartine de Nutella, et bien ils le retiennent, tout simplement. Nos aussi nous le retenons, mais nous sommes (plus ou moins) capables de filtrer ces informations. Les enfants, eux, n'ont pas, ou peu de filtre. Et ils retiendront la publicité autant qu'ils retiendront la dernière leçon apprise à l'école.

C'est comme ça que, lorsque leur anniversaire approche, et qu'on leur demande ce qui leur ferait plaisir, ils choisiront en priorité les produits présentés à la télévision et qui les ont marqués. La fée volante, c'est trop génial ! Le gant reine des neiges, fantastique ! La poupée Chicho-Bello, je la veux ! Et c'est aussi comme ça que, lorsqu'ils seront devenus adultes, ils repenseront à toutes ces choses qui les ont frustrés quand ils étaient enfants car ils n'ont pas pu les avoir, et deviendront des consommateurs de premier choix pour notre fabuleuse société de consommation...

Tel est le rôle du publicitaire : s'introduire de manière insidieuse dans la mémoire des enfants, afin qu'ils soient dès leur plus jeune age incités à consommer, et formatés à choisir tel ou tel produit. Grâce à quoi, une fois arrivés à l'âge adulte, ces enfants auront de bonnes habitudes et pourront continuer à consommer convenablement.

Je suis le type qui vous traque et vous analyse

Non, nous ne sommes pas traqués sur le net... quoique... Avec les nouvelles technologies, internet, les smartphones, les télévisions et autres objets connectés, la publicité a pris une ampleur phénoménale. Et par la même occasion, le publicitaire s'est vu offrir l'opportunité de nous cibler beaucoup plus précisément, en nous traquant, en analysant nos comportements, en recroisant les données récoltées sur nous en divers endroits et à différents moments.

L’avènement des réseaux sociaux, du tout-connecté, et l'utilisation d'outils de flicage comme les cookies tierce-partie permet sans doute aujourd'hui à certaines régies publicitaires d'en savoir plus sur nous et sur nos habitudes que certains de nos proches. En outre, de plus en plus de sociétés se penchent aujourd'hui sur l'analyse de ces big-datas, et des algorithmes existent déjà pour prédire certains de nos comportements.

Alors oui, technologiquement l'analyse des big-datas peut être vraiment très intéressante. Si elle est bien faite. Mais utilisés à mauvais escient, ces algorithmes pourraient permettre d'identifier certaines corrélations ou similitudes plus ou moins fantaisistes, voire carrément nauséabondes entre les individus. Je parle ici bien sûr de publicité, et je pense que personne n'a vraiment envie qu'un publicitaire puisse prédire nos comportements. Mais si on commence à penser aux assurances, aux organismes de santé, aux états, voire au terrorisme, c'est encore une autre histoire.

Tel est le rôle du publicitaire : vous connaître. Vous connaître toujours mieux, pour détecter vos failles, et appuyer là ou ça fait mal. Vous proposer ensuite un produit qui vous permettra d'aller mieux. Ou plutôt vous faire croire que ce produit vous permettra d'aller mieux. Le publicitaire ne souhaite pas votre bonheur, parce que les gens heureux ne consomment pas.

Les règles de la publicité appliquées au logiciel

Dans le monde logiciel, tout bouge. Tout le temps. Rapidement. Technologies soi-disant révolutionnaires nous incitant à se renouveler toujours et encore. Obsolescence programmée des développements. Coûts pas vraiment maitrisés et quantité de déchets numériques. Formatage des utilisateurs dès le plus jeune age à utiliser certaines technologies. Traque et analyse des comportements. N'y a-t-il pas ici une corrélation évidente entre la publicité et le logiciel ? Entre le publicitaire et le développeur ?

  • On nous vend de la merde : combien de logiciels sont aujourd'hui livrés sans avoir été testés convenablement ? Combien manquent de fonctionnalités pourtant évidentes ?
  • On nous vend de l'obsolète : certains projets à peine (voire pas encore) terminés sont aujourd'hui basés sur des technologies déjà considérées comme obsolètes. Et on veut absolument nous faire suivre ces évolutions, à n'importe quel prix.
  • On formate nos enfants : à quel âge la société incite-t-elle aujourd'hui les enfants à avoir un smartphone ? A suivre les réseaux sociaux ?
  • On nous traque : est-il vraiment nécessaire de donner un exemple ici ?

On retrouve ici les mécanismes de la publicité appliqués au virtuel. Pourquoi les technologies durent-elles quelques mois à peine avant d'être déjà abandonnées ? Pourquoi faut-il tous les jours se former pour éviter d'être dépassé ? Pourquoi faut-il accepter les évolutions technologiques qu'on nous impose ? Quand je prends du recul avec tout ceci, je me demande parfois si les banques n'ont pas quelque-part raison : Si leur logiciel écrit il y a plus de 30 ans en cobol fonctionne toujours... Pourquoi donc investir de l'argent et de l’énergie pour refaire quelque-chose qui tourne ? Pourquoi ne pas se contenter de ce qu'on a ?

Certes, toutes ces évolutions technologiques sont (un temps) passionnantes pour le développeur chevronné. Mais au final, ne tombera-t-il pas dans les mêmes problématiques que celles qu'il a résolues avec la technologie précédente ? Quant au produit final, sera-t-il meilleur ? Sera-t-il plus performant ? Permettra-il d'accomplir plus de choses ? Les données seront-elles mieux sécurisées ? L'expérience utilisateur sera-t-elle améliorée ?

Honnêtement, je suis loin d'en être sûr... Le pragmatisme a aujourd'hui laissé la place au mouvement. On ne cherche plus à être simple, juste et efficace. On cherche plutôt à évoluer, à être à jour. Le cœur de notre métier, à savoir réaliser un logiciel qui répond aux besoins du client, a été relégué au second plan. Aujourd'hui, le plus important est de suivre les évolutions, d'être à la pointe de la technologie, d'être mobile, de faire du beau code, d'être certifié. Nous pensons que tout ceci va nous aider à faire de meilleurs outils, mais personnellement, je suis de plus en plus enclin à penser le contraire...

NOTE : Qu'on me comprenne bien : Je ne dis pas que toutes ces méthodes de développement sont inutiles, je dis juste qu'il faut savoir trouver un juste milieu. Il faut que les méthodes apportent réellement un plus au développement... et que les besoins du client restent la priorité.

Et si ?

La publicité, c'est la science de stopper l'intelligence humaine assez longtemps pour lui soutirer de l'argent.Stephen Leacock

Et si nous appuyions sur pause, le temps de se poser les bonnes questions...
Et si nous arrêtions de subir le formatage de la publicité ?
Et si nous achetions des choses plus durables pour créer une meilleure société de consommation ?
Et si nous éduquions un peu mieux nos enfants an lieu de vouloir les formater ?
Et si nous retrouvions notre liberté au lieu de nous laisser traquer, analyser, et catégoriser ?
Et si nous disions simplement non à certaines évolutions technologiques ?
Et si nous nous concentrions un peu plus sur les gens, et sur leurs véritables besoins ?

Serions-nous alors moins heureux ou moins performants ? J'ai ma petite idée là-dessus...

Ecrit par Guillaume.
Publié dans la catégorie Réflexions.
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