Les idées : immersion, incubation, illumination, validation

Cet article est le premier d'une série d'écrits sur le thème "Comment naissent les idées".

Introduction

J'aimerais commencer cette réflexion sur la naissance des idées par une courte vidéo de Cédric Villani, le célèbre mathématicien français qui a obtenu la médaille Fields en 2010, plus haute récompense que l'on peut recevoir en mathématiques. Non pas que je sois fan des mathémathiques, mais Cédric Villani est quelqu'un dont les conférences sont vraiment très agréables et intéressantes à écouter. Et c'est en tombant, un peu par hasard, sur une interview de lui il y a quelques mois dans une émission télé, que j'ai eu l'envie d'en savoir plus sur comment naissent les idées.

J'ai sélectionné le passage le plus intéressant d'une conférence qu'il a donnée lors des TEDx de Paris en 2012. La vidéo complète est disponible sur YouTube.

Le processus de création

Au départ, il y a un événement, un problème, une question, qui nous fait réflechir. Cette première réflexion déclenche alors un processus de création, qui a pour but de trouver une idée pour réagir à l'événement, résoudre le problème, ou répondre à la question posée. Ce processus de création est composé d'une succession de cycles de création. Un cycle de création peut être découpé en 4 étapes majeures : l'immersion, l'incubation, l'illumination, et enfin la validation :

A la fin d'un cycle de création, deux possibilités :

  • L'idée est validée, et devient alors la solution à notre problème initial. C'est la naissance de l'idée.
  • L'idée n'est pas complète, et va mener sur de nouvelles questions, sur de nouveaux problèmes. Un nouveau cycle de création commence alors.

Le processus de création peut être très court, ou très long. Il peut durer de quelques minutes, comme pour les problèmes du quotidien auxquels nous sommes confrontés, à plusieures années. Dans sa vidéo, Cédric Villani nous parle par exemple d'un processus qui pour lui a duré 2 années et demi. Et puis il y a certains processus qui ne se terminent jamais...

Des chercheurs qui cherchent, on en trouve.
Mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche.

Immersion

L'immersion est un processus conscient. C'est pendant cette étape qu'on se penche sur un problème. On assimile un maximum d'informations. On étudie les différentes possibilités. On cherche et on compare les cas similaires qu'on a déjà rencontrés. On se pose des questions. En gros, on se plonge dans le sujet qui nous intéresse.

Cela peut être, comme pour Cédric Villani, un problème de mathématiques. Pour un informaticien, un algorithme complexe. Pour un designer, un problème plus artistique. Pour un cuisinier, une nouvelle association de saveurs. Pour un carreleur, la façon dont disposer des carreaux de tailles différentes. Pour un prof, la façon de gérer ses élèves. Pour des parents, la façon de canaliser un enfant turbulent. Pour un chef d'équipe, la meilleure façon de répartir les horaires des salariés. Pour un enfant, le moyen de construire un château avec ses legos. Pour un voleur, la façon d'entrer dans un bâtiment... etc.

Tout le monde est confronté à des problèmes, et a besoin de solutions. Et pour trouver ces solutions, on s'immerge dans le problème, et on fait comme les chercheurs : on cherche, on cherche, on cherche. Alors bien sûr, certains problèmes sont bien plus compliqués que d'autres, et le temps de travail en immersion nécessaire sera plus ou moins important.

Ce temps d'immersion permet d'assimiler un maximum de données, et notre cerveau pourra ainsi disposer d'elles lors de son travail d'incubation.

Incubation

L'incubation est un processus inconscient, qui commence dès que le nombre d’informations connues du cerveau est suffisant. Inconsciemment, pendant que nous faisons tout autre chose, lorsque nous sommes en voiture par exemple, en balade en montagne, aux toilettes, lorsque nous prenons un café, lorsque nous faisons la cuisine, le cerveau continue de travailler. Il crée alors des connexions entre les informations apprises pendant le temps d'immersion, afin de voir si il peut y trouver des solutions.

C'est un peu comme une tâche de fond qui profiterait du temps libre pour continuer de réfléchir, tranquillement, pour étudier diverses possibilités. Le cerveau humain est en fait un bijou de technologie mutli-tâche et asynchrone :-)

Puis, tout à tout, quelque-chose se produit. On ne sait pas trop pourquoi, mais c'est l'illumination !

Illumination

Eurêka ! Eurêka ! J'ai trouvé !

Eurêka est, selon la légende, le cri qu'aurait poussé Archimède au moment où il comprit les lois de la célèbre poussée d'Archimède. Cela a été sans doute l'un des plus célèbres moments d'illumination.

L'illumination, c'est la compréhension soudaine d'un problème sur lequel on se penche depuis un certain temps, à un moment où l'on n'y réfléchi plus vraiment. C'est la fin de la période d'incubation. Notre cerveau a inconsciemment mis en relation toutes les informations assimilées, et a fini par trouver une porte de sortie. Il envoie alors à notre conscient les résultats de son travail de recherche. C'est en général un moment euphorique, où tout soudain nous parait clair. L'idée est là, il ne reste qu'à la valider.

Au quotidien, ces illuminations se produisent régulièrement. Ce sont ces moments où, en revenant de pause, on a la solution à notre problème. Ces moments où l'on a une révélation alors que l'on est en voiture, sur le trajet pour rentrer chez soi. Ces moment où l'inspiration nous vient alors qu'on est juste assis sur les toilettes :-)

Validation

L'illumination nous apporte une idée nouvelle, mais ce n'est pas toujours une solution idéale. Il nous manque peut-être encore des informations. Vient alors une phase de validation. Il s'agit à nouveau d'un processus conscient, pendant lequel on va éprouver l'idée qui a emmergé du processus immersion - incubation - illumination.

Si l'idée est validée et complète, alors le processus s'arrête. Nous tenons notre solution.
Dans le cas contraire, l'idée nous donne tout de même de nouvelles informations, de nouvelles pistes de réflexion. Et le processus reprend alors, depuis l'immersion. Nous emmagasinons les nouvelles données. Pour permettre à notre cerveau d'incuber. Pour avoir une nouvelle illumination.

Conclusion

D'un point de vue tout à fait personnel, j'aurais envie de retenir quatre choses majeures de cette réfléxion:

  • Il faut avant tout un déclencheur. Ce n'est pas en restant dans son canapé devant la télévision qu'on va avoir l'idée du siècle. Il faut des événements auxquels réagir, des problèmes à solutionner, des questions auxquelles répondre.

  • Si le cerveau n'a rien pour se nourrir, il ne pourra rien faire. Il lui faut un maximum d'informations, de la matière à mettre en relation, des données à analyser. Et cela, ce n'est pas non plus dans son canapé qu'on va l'obtenir. Il faut des discussions, des expériences nouvelles, de l'imprévu.

  • Il faut aussi laisser le temps au cerveau d'incuber. Il faut lui laisser du temps libre, du temps pendant lequel il peut immaginer, rêver. Et c'est aussi pendant ces temps que peut se produire l'illumination. Cela, par contre, peut être fait depuis son canapé :-)

  • Pour avoir des idées, il ne faut pas renoncer. Chaque cycle de création, s'il n'apporte pas de solution définitive, permet d'améliorer le cycle suivant. Et ce n'est qu'ainsi, petit à petit, qu'on avance vers de nouvelles idées.

A suivre ici : Les habitudes tuent la créativité

Ecrit par Guillaume.
Publié dans la catégorie Réflexions.
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Il s'agit du 40ème article sur un total de 104.