L'informatique, c'est plus c'que c'etait

J'ai reçu mon premier ordinateur en 1991. Ou en 1992, je ne sais plus exactement. C'était un Amstrad CPC 6128+. La classe. Je jouais à Burnin' Rubber, à Rick Dangerous, à Double Dragon. Je programmais en Basic, et j'étais fier de faire clignoter mon écran avec une commande console. J'ai même programmé mon premier jeu : un bombardier.

Puis j'ai eu mon premier PC : un Pentium 90 de chez HP, que mes parents avaient payé une fortune. J'étais fou. Je jouais à Day Of The Tentacle, à Warcraft 2. J'ai fait mes premières parties en réseau sur Doom et Alerte Rouge grâce à une connexion Null-Modem. J'ai appris à libérer de la mémoire EMS sous DOS en bidouillant le fichier config.sys, à écrire mes premiers scripts, et mes premiers codes en GW-Basic et en Pascal.

Puis est venue l'époque des jeux en réseau. Avec un groupe de copains, on a investi dans des cartes réseau, des câbles BNC, des T et des bouchons pour pouvoir jouer à Duke Nukem et à Warcraft 2. On a ensuite changé tout ça pour des hubs et des connexions ethernet plus fiables, histoire de pouvoir se faire de vraies lan-parties à 8 ou 10 dans une cave. S’éclater à Half-Life, à Starcraft, à Total Annihilation, en mangeant des chips et en buvant du coca. En parallèle de tout ça, j'ai appris la programmation C, mes premières commandes Linux.

Puis il y a eu internet. Je n'ai jamais vraiment connu les connexions en 56k. Ça coutait trop cher, et je n'ai jamais réussi à convaincre mes parents. Par contre, ils ont été d'accord de prendre internet par le câble peu de temps après. L'ADSL n'existait pas encore. Ma première connexion était une 64Ko illimitée. En bidouillant un peu, il était possible d'accéder aux ordinateurs de mes voisins comme on accède aujourd'hui aux machines d'une réseau d'entreprise. Lancer une impression sur une imprimante partagée était une de mes blagues préférées.

Je me suis naturellement orienté vers l'informatique pour mes études. J'aimais ça. J'adorais ça. Je vivais pour ça. On pouvait partir de rien et créer quelque-chose de révolutionnaire. C'était sympa. C'était le début. La découverte.

Quelques années plus tard...

Maintenant, l'informatique, c'est autre-chose. Pour le particulier c'est la publicité ciblée, le spam, le phishing. C'est les problèmes de droits d'auteur, de téléchargement illégal. C'est le cul à la demande, et ses dérives. C'est l'intrusion dans la vie privée. Le vol des mots de passe, des coordonnées bancaires. Le pseudo-gratuit ou l'utilisateur n'est plus le client, mais le produit. Les réseaux sociaux qui bouffent votre temps. Le partage de photos et de vidéos, dont on ne sait pas trop ce qu'elles deviennent. Les smartphones, qui ont définitivement rompu la barrière de la tranquillité.

Pour le joueur, l’informatique c'est être seul devant son écran. Fini le chips, le coca, les hurlements dans la cave. On ne bouge plus de chez soi, on ne se voit plus. Tout n'est plus que virtuel. Ce sont les MMORPG où on vit une vie virtuelle en sacrifiant sa vie réelle. Les jeux qu'il faut télécharger et qu'on ne peut plus prêter. Les jeux qu'on achète au prix fort, et auxquels on ne peut pas jouer dès qu'on est rentré, car il faut d'abord s'inscrire, et télécharger la dernière mise à jour.

Pour les entreprises, l'informatique aujourd'hui c'est des projets monumentaux à plusieurs millions d'euros, dont on ne voit pas le bout. De l'argent dépensé dans des choses parfois totalement inutiles. Des logiciels qui ne fonctionnent pas comme ils devraient, car les utilisateurs n'ont pas été consultés. Des outils qu'on impose. La sécurité qu'il faut surveiller. Beaucoup, énormément de temps perdu et d'énergie dépensée pour rien.

Et pour nous, les gens du métier, les amoureux des technologies, l’informatique aujourd'hui c'est la migration de données, l’interfaçage avec l'existant. Les problèmes de compatibilité entre navigateurs. Les budgets de plus en plus serrés pour faire des choses sous-évaluées. Les décisions techniques prises par les commerciaux parce que le client voulait ça. Les développements demandés mais qui n'ont aucun sens. L'over-engeneering. Des systèmes où plus personne ne sait trop pourquoi ça marche. En somme, plus aucune créativité, mais simplement un travail à faire, en suivant des spécifications définies par des gens qui décident pour nous.

Alors même si j'ai sans doute moi-même beaucoup changé en 15 ans, l'informatique, c'est quand même plus c'que c'était...

Ecrit par Guillaume.
Publié dans la catégorie Réflexions.
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