Oui, on a le droit d'abandonner

Lorsque j'étais enfant, j'ai entendu et ré-entendu, comme sans doute beaucoup d'autres enfants, ces vieilles rengaines récurrentes :

Tu dois terminer ce que tu as commencé !
On abandonne pas quelque-chose en cours de route...
Tu t'es engagé, alors tu dois aller jusqu'au bout !

C'était sans doute une manière de me motiver, une façon de m'apprendre à ne pas baisser les bras. Mais maintenant que je suis devenu adulte (et père), je me retrouve dans la situation du parent, et je me demande vraiment s'il s'agit de la bonne méthode...

Car après tout, se forcer à continuer quelque-chose qu'on a plus envie de faire, est-ce vraiment sain ? Je ne dis pas qu'il faut abandonner tout ce qu'on entreprend dès la première lassitude ou la première contrariété, bien sûr. Apprendre à surmonter les difficultés est important, cela permet de se dépasser, d'atteindre des objectifs, d'avoir confiance en soi, bref, de grandir. Mais dans certains cas, est-ce vraiment la peine de poursuivre une activité qui ne nous plait plus ?

Je suis aujourd'hui confronté au problème avec ma fille. Elle a commencé la flûte l'année dernière. La découverte du monde de la musique, le plaisir d'apprendre à jouer d'un instrument, tout cela a fait qu'elle était très motivée au début. Mais cela fait un petit moment que cela ne l'intéresse plus vraiment. Elle ne veut d'ailleurs plus continuer l'an prochain, elle l'a exprimé très clairement et même de manière très adulte je trouve. Ce n'est pas faute d'avoir essayé de la motiver de différentes manières, le fait est que cela ne l'intéresse plus.

Pourtant, nous continuons à l'emmener toutes les semaines à son cours, et elle continue à faire cette activité qui ne lui plaît plus. Pourquoi ? Parce qu'elle s'est engagée à faire de la flûte cette année, alors "elle doit aller jusqu'au bout".

Au final, je trouve cette situation totalement contre-productive. Quel est l'intérêt de se forcer à continuer quelque-chose, juste "parce qu'on a commencé" ? N'est-ce pas simplement s'obstiner dans son erreur en espérant pouvoir en tirer quelque leçon de vie substantielle ? J'ai peur qu'elle soit au final juste dégoutée de la musique, et que l'unique leçon qu'elle retienne de cette expérience soit la suivante :

Si je m'engage dans quelque-chose, je vais devoir continuer même si cela ne me plait plus, alors je préfère ne rien commencer.

Et ce n'est pas cela que j'ai envie de lui apprendre de la vie. Ce que j'aurais envie qu'elle me dise, ce serait plutôt :

J'ai essayé de faire quelque-chose, mais ça ne m'a finalement pas plu, alors j'ai arrêté, car j'ai le droit de me tromper. Maintenant j'ai envie d'essayer autre chose, et peut-être que ça me plaira plus !

Alors oui, quand on réalise qu'on s'est trompé, on a le droit d'abandonner. Et cela ne remet aucunement en cause notre capacité à persévérer et à progresser dans un tout autre domaine pour lequel on manifestera plus d'intérêt, et dans lequel on pourra vraiment s'épanouir.

Ecrit par Guillaume.
Publié dans la catégorie Réflexions.
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